Mawndoé est de retour, mais la hache de guerre est loin d'être enterrée ...

Mawndoé est de retour au pays ! Nous sommes allés lui souhaiter la bienvenue et nous enquérir des nouvelles de nos cousins. Au Burkina depuis quelques jours, Mawndoé mettra à profit son séjour pour achever la construction du mur d'une école de Ouagadougou. A ce sujet, il compte organiser un concert dont les recettes serviront à financer la construction de ce mur qui lui tient à cœur depuis des années.
Selon MANDOE, ce concert connaîtra la participation de plusieurs artistes musiciens burkinabé dont un guitariste français. Mais ne lui demandez surtout pas si son ancien compagnon Smarty sera de la partie ou pas. Là, il noircit, pâlit avant de vous répondre.

Visiblement, l'artiste se sent bien dans sa peau et dans son assiète mais la hache de guerre qui divise le gropue YELEEN, est loin d'être enterrée. Jugez-en vous même à travers cet entretien réalisé par Rose Monde pour Artistebf .

Artistebf : Bienvenue Mawndoé  sur la terre libre du Burkina faso, votre pays. Comment vous sentez-vous ?
Mawndoé : Je me sens bien ! Je suis simplement de retour dans mon pays. J'ai plus de repères, d'amis et de relations au Burkina. Maintenant, j'ai obtenu la nationalité burkinabé donc que voulez-vous que je dise de plus ?. Je suis chez moi !

Vous êtes rentré définitivement ou c'est pour juste vous ressourcer avant de repartir ?
Mawndoé : En principe, il n'est pas souhaitable qu'un artiste reste définitivement dans son coin; si cela se passe, c'est qu'il y a de petits soucis. Après le public burkinabé, je crois qu'il est aussi temps de conquérir d'autres publics dans d'autres contrées.  J'aurai aimé qu'une fois en Europe ou ailleurs on  découvre que je représente deux cultures, deux pays le Tchad et le Burkina; j'y tiens parce que c'est important pour moi. Ma maison sera toujours au Burkina, mais de temps en temps il faut que j'aille chercher ailleurs aussi. La place du chasseur, comme on le dit est en brousse.

A votre arrivée, vous avez fait le tour pour saluer certaines personnalités coutumières. Peut-on savoir ce qui vous fait courir comme ça ?

Mawndoé : En  dehors même de la musique, humainement parlant, il n'appartient pas aux aînés de venir me saluer à mon retour de voyage. C'est à moi d'aller vers eux et de leur demander des bénédictions.

mawndoe-daari.jpgVous étiez sur un projet de construction de mur d’une école à Ouagadougou. Où en êtes-vous ?
Mawndoé : C'est vrai que j'étais parti pour trois semaines mais, j'ai évolué au gré du vent. Après avoir sorti mon disque, j'ai postulé pour une subvention  au niveau de la région de POITOU-CHARENTES pour faire une résidence de création avec des artistes français. La résidence s'appelle "NEIGE AU SAHEL".  Depuis Janvier 2012, j'étais basé à Poitier. De la manière dont les Burkinabé me réclament, c'est de la même manière aussi que l'envie me poussait à revenir afin de présenter aux Burkinabé l'œuvre que j'ai réalisée au Tchad. Malgré tout, le projet du mur me tenait également à cœur!  On avait déjà collecté 7 tonnes de ciment avec les gens du quartier. L'idée c'est de faire réaliser le mur par nous-mêmes. C'est pourquoi, nous avons baptisé le projet  « Fais par nous et pour nous !" . Donc notre esprit est que le plus pauvre s'unisse avec le plus riche du quartier pour bâtir ensemble ce mur. Quand le développement commence par  de la base, la notion de bien public est mieux comprise.  Dans cet élan de solidarité, nous organisons également un concert  au profit justement de ce projet. 50 % des recettes du concert  iront directement pour le mur et l'autre partie va servir à couvrir les dépenses liées à l'organisation du concert. Je serai accompagné à l'occasion par un guitariste français et de quelques artistes burkinabé. Le public pourra également faire des souscriptions en appelant directement au Numéro de la RTB; là c'est plus transparent. Je signale en passant que c'est le Directeur de la RTB qui est le parrain de ce concert.

A combien s'élève le budget de ce mur ?
Mawndoé : On a juste besoin de 5 000 000 de francs CFA. Mais nous avons déjà la contribution en nature  puisque la main d'œuvre est déjà acquise. Il y a les parents d'élèves, les jeunes du quartier et 7 tonnes de ciment.  Je crois que nous n'attendrons pas de tout avoir avant de commencer. Pour moi, il est important seulement de commencer.

Parmi les artistes burkinabés qui feront le show avec vous, est-ce  que  Smarty, votre ancien compagnon  sera de la partie ?
( Il grise la mine, silence radio).

Mawndoé : Pour être sincère,  il y aura Alif Naaba,Floby, Sami Rama, Dunia  et tout. Mais je n'ai pas envie de rentrer dans les détails car le groupe traverse des zones de turbulences. Au delà de l'aspect artistique que nous recherchons, il y a aussi l'aspect humain à gérer. On ne peut pas aujourd'hui décider de faire un concert, jouer  alors qu'il y a parmi le groupe de petites tensions; On ne peut pas faire les semblant parce les blessures ne sont pas encore cicatrisées. Nous avons besoin de temps pour nous asseoir et comprendre ce qui nous arrive au sein du groupe. Pour être sincère, il faut appeler un chat par son nom: un chat est un chat ! Comme le groupe ne va pas bien, je préfère ne pas rentrer dans ces détails.

C'est vrai ! Nous n'avons pas non plus envie de mettre le couteau dans de vieilles plaies. Mais juste encore un petit détail : est-ce qu'au moins vous l'avez "câblé" à votre arrivée pour lui dire bonjour ?


Mawndoé : (il grise de nouveau le visage, silence  et l'air très sérieux). Ça encore, ça reste entre lui et moi. Bonjour ou pas, ça ne regarde que nous et simplement nous !

Parlons maintenant de votre album que vous avez  intitulé " DARI". De quoi parlez-vous dans cet album ?
Mawndoé : "Dari"  veut dire ma terre. L'enregistrement de cet album a été très difficile dans un pays comme le TCHAD où il n'existe pratiquement pas de maison de production, ni de duplication de K7, ni de maison de distribution. Chacun a envie d'aller ailleurs parce qu'on se dit que l'excellence est ailleurs. Quand j'ai fini l'album, il fallait le rendre maintenant accessible et c'est moi-même qui ai  assuré la vente de mon produit. En une semaine, j'ai pu écouler au bord de la route, plus de 700 CD dans ce pays où on ne pouvait vendre 200 CD. Habillé d'un tee-shirt frappé de l'emblème des couleurs nationales du Burkina, j'ai fait le lancement de l'album au bord du Lac TCHAD en compagnie de mes frères burkinabé. Nous avons organisé 3 supers concerts avec Ali Véruthey , le chouchou des tchadiens.

Vous êtes un homme du showbiz qui a une certaine expérience dans la vie de groupe. Vous étiez hier un groupe de rappeurs, aujourd'hui vous faites cavalier seul parce votre groupe a volé en éclats. Mais vous laissez encore dans le paysage musical burkinabé d'autres formations qui veulent tirer leçon de votre histoire pour ne pas tomber dans le même sillage que  votre groupe. Quels conseils, quels sont les garde-fous à mettre pour s'abriter du naufrage de type « YELEEN » ou  assimilés ?
Mawndoé : (Rires). La seule manière d'avoir de garde-fous, c'est de ne pas en  mettre ! Je pense que ce sont des aventures humaines. Les hommes ne sont pas comme  des eaux  d'une rive qui court dans une même direction pour se jeter dans un fleuve. Le plus important c'est de savoir ce que deux personnes ont pu s'apporter au moment où ils étaient ensemble. Après un moment de vie commune, chacun a aussi le droit de rêver sa vie; ça ne devrait pas être scandaleux. Il faut que le public comprenne que ce ne sont que des aventures humaines et non des unions sacrées; et toute aventure humaine a une fin !

Rose Monde

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